Mais au fait, qui est Diane Curtis ?

 

unknown woman

 

Diane Curtis est une femme au foyer désespérée, un trader cocaïnomane, un mannequin anorexique, l’employé du mois, une actrice pornographique, un serial killer, un citoyen exemplaire, un fils à papa, une vieillarde sénile, un vétéran traumatisé, un artiste prétentieux, un immigré clandestin, une manifestante de droite, un politicien véreux, une star de télé-réalité, un transformiste bouleversant, une championne de l’UFC, un chômeur récidiviste, une adolescente paumée ou l’homme de l’année. C’est aussi votre marque de déodorant préférée, le chat le plus célèbre d’internet, le tube de l’été, le centre commercial du coin, un vaccin controversé ou le drône qui vous survole. En fin de compte, Diane Curtis c’est un peu toutes les questions de notre société qui s’incarnent dans les personnages, les paysages, les objets ou les événements que nous observons quotidiennement. C’est autrement dit un « recueil d’images archétypiques contemporaines ».

En parlant de « recueil d’images archétypiques », je me réfère à certains concepts du psychologue Carl Gustav Jung. Selon lui, la vie psychique est peuplée d’archétypes, c’est à dire d’éléments primitifs et universels de l’inconscient collectif. Ceux-ci se manifestent dans l’inconscient personnel sous différentes formes, on parle alors de motif ou d’image archétypique. Un archétype peut donner lieu à des milliers d’images archétypiques, les contenant toutes dans leur essence. Prenons quelques exemples issus des domaines littéraires et cinématographiques : depuis la nuit des temps, les sociétés se sont représentées des héros, des vieux sages ou des femmes d’action. Mais ces représentations n’ont pas toujours été identiques selon les conteurs, qui les ont revisitées différemment à travers leurs personnages. Ainsi, l’archétype du « héros » se retrouve chez Ulysse, Robin des Bois, D’Artagnan, ou Luke Skywalker ; celui du « vieux sage » chez Tirésias, Merlin l’Enchanteur, Gandalf ou Morpheus ; celui de la « femme d’action » chez Diane la chasseresse, les Amazones, Jeanne d’Arc ou Lara Croft, etc. À chaque fois ces personnages sont différents, mais ils renvoient pourtant tous vers des modèles plus généraux. En d’autres termes, ces images archétypiques possèdent en elles les archétypes qui les constituent. Cela se complique si l’on considère qu’un unique personnage peut remplir plusieurs rôles archétypiques, et que les archétypes débordent les uns sur les autres… Mais c’est justement ça qui participe à la constitution de l’identité de chacun, ou qui donne lieu, dans le domaine littéraire, à la création de personnages « complexes », c’est à dire  possédant une profondeur permettant plusieurs lectures possibles.

Notre époque regorge d’images archétypiques, telles que celles évoquées au début de cet article. Le projet Diane Curtis sera l’occasion de nous intéresser à l’écart ou la ressemblance entre celles-ci et les archétypes auxquels elles sont rattachées. Qui sont les mères, les enfants, les héros, les vierges, les sages, les escrocs, ou les sorcières de notre époque ? Voilà le type de question que nous pourrions nous poser ici, qui devrait servir de point de départ à la création de nombreuses histoires, où de nombreux visages de Diane Curtis.

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Texte : Lanval Monrouzeau

Photographie : Geralt, Sans titre, 11 août 2014

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