Présentation

Diane Curtis est une œuvre d’art numérique qui a pour thème les rôles sociaux contemporains. Son ambition est d’associer une narration multimédia à une réflexion sur la création à plusieurs co-auteurs. L’objectif final est de dresser un ensemble de portraits à partir des échanges artistiques et théoriques qui animeront tout le processus de création.

1/ Objet : les rôles sociaux contemporains

Le projet Diane Curtis vise à construire une série de personnages archétypiques propres à notre époque. Tenant à la fois d’un imaginaire collectif immémorial tel que l’a étudié C.G. Jung et de ce que la société actuelle nous offre de singulier, il s’agit d’une galerie de figures dont chacune incarne un visage du monde contemporain. C’est, par exemple, la ménagère de moins de cinquante ans errant dans les supermarchés ou la star des journaux people obsédée par son image, l’adolescent rebelle ou l’employé anonyme et prolétaire travaillant à la chaîne chez Starbucks. Ces personnages ne sont ni des caricatures ni des individus. Objets commodes, simples ou inspirants qui habitent nos représentations communes, ils relèvent plutôt de la mythologie. Ils s’efforcent de saisir la manière dont on se représenterait les différents acteurs de la société dans laquelle on vit, si le monde était un théâtre. Chacun a son rôle, ses tics, ses traits, son caractère arrêté, chacun est une façon de revivre, sur la scène spécifique de ce début de XXIème siècle, les personnages de la Commedia dell’arte. À notre époque, le « Dottore » serait peut-être le savant académique qui ne comprend pas la moitié de ce qu’il raconte, les « Amoureux » seraient peut-être ces couples d’un soir rencontrés sur l’application Tinder et les « Précieuses ridicules » de Molière ces reines d’un jour au visage transfiguré par la chirurgie esthétique. Si les archétypes sont, comme le dit Jung, des « images primordiales » dont la force de modèle transcende le temps et l’espace, rien ne les empêche d’évoluer pour se mettre à l’école d’une culture particulière. Ils en adoptent alors les habits, la couleur locale, tout ce que la mode a de transitoire et qui sait si bien se conjuguer, relevait déjà Baudelaire, avec ce que leur signification a d’éternel. Ainsi, les personnages qui peuplent le monde de Diane Curtis se présentent comme des supports de dialogue. Puisque les figures qu’ils incarnent sont partagées par tous, qu’ils forment le socle commun de notre manière de voir, chacun peut les imaginer à sa façon, les refaire à son image. Hantant les couvertures de magazine ou les anecdotes rapportées par les faits divers, les statistiques de l’homme moyen ou les fables silencieuses qui nous guident, ils sont les dieux minuscules qui s’agitent dans notre mythologie quotidienne. Et l’avantage de ces héros comme de ceux de la Grèce antique, c’est qu’on peut en parler. On peut en faire vivre les personnages. N’importe qui peut se saisir de l’un de ces mythes de papier pour lui imaginer un nouveau destin. C’est ce que nous voulons faire ici.

2/ Processus : une création fragmentaire et participative

C’est pourquoi, si Diane Curtis propose un portrait collectif des rôles sociaux de notre époque, il s’agit aussi de faire de ce portrait une œuvre collective. À l’image de la société qu’on se représente selon une galerie de visages-types, toute réalisation artistique fait appel à une pluralité de rôles créatifs. Ceux-ci sont bien souvent occultés par les industries culturelles telles qu’elles sont actuellement déterminées par la financiarisation de l’art, et qu’elles privilégient à la fois l’unicité d’un nom d’artiste et l’exclusivité d’un résultat final, passant sous silence les étapes intermédiaires de création. Par exemple, si un projet audiovisuel est intrinsèquement une œuvre de collaboration, il n’est pas pour autant permis au public d’accéder aux contributions particulières qui y ont mené (sources d’inspiration, scénario, story-board, design des costumes et des décors), ni de mettre en évidence leur caractère artistique autonome. Notre objectif est précisément de dévoiler ces étapes intermédiaires et leurs acteurs. Plus encore, il s’agit de les mettre en lumière. Autour de chaque figure archétypique présente sur le site de Diane Curtis, toute personne qui le souhaite peut apporter des contenus de son cru, sous la forme de son choix (écriture d’une nouvelle narrant une péripétie du personnage en question, proposition d’une image qui l’illustre ou d’un son qu’il évoque, élaboration d’un story-board à partir d’une nouvelle…). L’ensemble de ces contenus participatifs relatifs à chaque personnage est ensuite agrégé sur un espace qui lui est dédié dans le site dianecurtis.net, construisant pour chacun d’eux un portrait à mille mains. Ces tableaux pluriels, formés d’autant d’interprétations et de variations autour du personnage qu’ils compteront de contributions, serviront à terme de base à la réalisation d’une vidéo qui les mettra en mouvement. L’objectif, à partir de tous les éléments visuels, sonores et narratifs que les participants auront produits autour chaque figure, sera de les réunir comme autant d’indices pour lui donner vie. Cependant, prenant à rebours la tendance actuellement dominante dans les arts audiovisuels, la vidéo à laquelle aboutiront ces portraits collectifs n’éclipsera pas la somme des travaux qui l’ont inspirée. L’objet qu’on veut créer n’est pas seulement une vidéo où s’entremêleront les destins imaginaires de plusieurs figures propres à notre époque, mais encore l’ensemble des images, sons et nouvelles qui l’auront rendue possible et qui resteront visibles sur le site au titre d’œuvres à part entière. C’est ainsi qu’aux rôles sociaux qui forment le thème de Diane Curtis, répondent les multiples rôles artistiques que le marché de l’art a pris soin de laisser dans l’ombre. Notre objectif est de rendre visibles les uns et les autres : autant les personnages qui structurent notre imaginaire que les acteurs de la création contemporaine.

3/ Horizon: une recherche sur la création numérique

Fresque mouvante des icônes de notre temps, Diane Curtis est donc en même temps une recherche appliquée sur les modalités de la production artistique. À travers la création fragmentaire, collective et pluri-média qu’elle met en scène, dont le site internet est à la fois l’espace d’exposition et l’une des finalités plastiques, il s’agit de voir comment les technologies numériques ouvrent aux créateurs de tous bords des pistes nouvelles. On est aujourd’hui dans un âge de paradoxes. D’un côté, la vie artistique semble grevée par l’héritage d’un modèle qui efface la recherche du beau sous un critère de rentabilité, favorisant une concentration médiatique et économique de quelques noms-stars et reléguant dans les coulisses le travail d’innombrables amateurs invisibles. Mais d’un autre côté, les nouveaux médias ouvrent ici une brèche. En redéfinissant les échanges dans le sens d’une contribution accrue du public, d’une décentralisation et d’une traçabilité des processus qui ont mené à la production des contenus, les logiques propres au web 2.0 sont à même de redessiner de façon plus équitable les contours de l’activité artistique. Il s’agit d’explorer cette brèche, dans le spectre de possibilités inédites qu’elle déploie comme dans ses tensions et ses failles. Pour ce faire, nous voulons allier l’expérience pratique d’un processus de création participative à une réflexion théorique sur ses enjeux, réflexion qui forme le cadre ou la toile de fond du portrait qu’on fera naître à plusieurs. Cette recherche, examinant les nouveaux modèles qui peuvent émerger d’une utilisation pertinente du numérique dans la vie artistique, tels qu’ils puissent se conjuguer avec une soutenabilité économique et humaine, se veut elle aussi participative. Si le théâtre des archétypes contemporains se construit à mille mains, la pensée organisationnelle qui le sous-tend doit faire appel à autant de têtes. Un espace du site dianecurtis.net, sous le menu « Recherche », est destiné à héberger les réflexions d’amateurs et d’experts (chercheurs en économie de la culture, en esthétique, spécialistes des nouvelles technologies ou du marché de l’art) sur les voies réalistes et souhaitables qui s’ouvrent à la création dans le cadre d’une conception et d’une transmission par Internet. Cet espace sera alimenté non seulement par des textes ciblant une notion ou un problème précis – comment peut-on mobiliser les théories de la participation, comme celles de la recherche-action ou du do it yourself, dans le cadre d’une réalisation artistique prenant corps sur le web ; comment organiser concrètement une création à plusieurs, avec les questions d’autorité et de propriété qu’elle soulève ; quelles visibilité et viabilité offrir à une œuvre n’existant que sur la Toile –, mais aussi par des vidéos de conférences et d’interviews filmées sur le sujet. Cette recherche accompagnera toutes les étapes de la construction multimédia des personnages-types, dont elle formera un arrière-plan nourri de retours, de renvois et d’échos.

Diane Curtis est en somme un espace de discussion. Discussion narrative entre les figures maîtresses qui habitent l’imaginaire de notre époque (menu « Portraits »), discussion créative entre les artistes et amateurs qui sculptent leur visage (menu « Communauté »), c’est aussi une discussion méthodologique sur le renouveau numérique de l’activité culturelle (menu « Recherche »). Au point de rencontre entre ces trois formes de dialogue, j’aimerais que Diane Curtis soit une œuvre à la fois engageante et engagée. Engageante en ce qu’elle se veut ouverte au monde et aux singularités de chacun, et engagée en ce qu’elle espère replacer au centre d’un projet artistique la recherche de la beauté : une beauté humaine, une beauté propre à aujourd’hui.

4/ Mentions Légales

  • Diane Curtis est une oeuvre d’art numérique participative diffusée sur le web via le site dianecurtis.net et les réseaux sociaux.
  • Lanval Monrouzeau est le créateur, le webmaster et le coordinateur du projet Diane Curtis. Pour le contacter, veuillez utiliser dans un premier temps le courriel du groupe Facebook : dianecurtis@groups.facebook.com.
  • Diane Curtis rassemble les oeuvres de nombreux artistes participants. Chaque auteur est cité pour son travail, sauf dans les cas où il/elle préfère rester anonyme. Plus de précisions sur la communauté sont regroupées dans la page du site « communauté » prévue à cet effet.
  • Hormis les photos de la section « recherche » du site, diffusées sous license Creative Commons, tous les contenus du site (textes, photos, images, sons et autres) tombent sous les lois du 11 mars 1957 et du 3 juillet 1985 du code de la propriété intellectuelle, et sont donc les propriétés exclusives de leurs auteurs respectifs. Si vous souhaitez les utiliser, veuillez contacter le groupe Facebook du projet Diane Curtis via l’adresse : dianecurtis@groups.facebook.com.
  • Le site internet dianecurtis.net est hébergé chez OVH : SAS au capital de 10 059 500 € . RCS Lille Métropole 424 761 419 00045. Code APE 6202A. N° TVA : FR 22 424 761 419. Siège social : 2 rue Kellermann – 59100 Roubaix – France.

 


Vous souhaitez participer au projet Diane Curtis ? Rendez-vous sur [la page « communauté »].